TESSITURES RECORDS: LE LABEL AUX DEUX VISAGES

Aujourd’hui, après de longs mois d’absence, nous recevons Bertrand, initiateur du projet Tessitures Records, un label à caractère particulier.
Tessitures Records pour ROUGE•VIS

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Bertrand est ingé son pour Radio France et est auto-entrepreneur pour Tessitures Record. Il a créé ce label il y a quelques années maintenant et nous raconte son parcours.

Qui est-tu et comment en es-tu arrivé à créer Tessitures Records ?

Je suis musicien depuis très longtemps, j’ai fait beaucoup de piano, de la guitare, du chant, j’ai eu des groupes etc. On s’amusait à s’enregistrer avec le matériel de l’époque. Le monde des maisons de disque m’a toujours intéressé et je m’étais à l’époque renseigné sur l’auto publication. C’était totalement injouable dans les années 90 sans internet. C’était un fantasme que j’avais du mettre de côté. Les années ont passé et j’ai fais des études d’ingé son. Puis j’ai eu l’opportunité de travailler d’un côté avec un artiste Dubstep et d’un autre côté d’enregistrer des albums pour le concours international d’Orléans. Ces deux opportunités conjointes sont arrivées au bon moment. Je me suis dit que c’était le moment de créer une maison de disque, mais une maison de disque à caractère particulier. Je ne voulais pas qu’on soit bloqué dans un seul style. Je voulais avoir la possibilité d’aller aussi bien vers la musique électronique que la musique contemporaine. Même si les gens peuvent trouver qu’il y ait une incohérence à travailler sur deux styles aussi différents, je trouve au contraire que ça a une certaine logique dans la mesure où ce sont des musiques modernes. C’est le dénominateur commun du projet. A partir de là, j’ai cherché un nom très généraliste. Tessitures est quelque chose d’assez large, ce n’est pas un mot international mais il se comprend un peu partout tout en gardant une identité française.

Quand est-ce que Tessitures Record a été créé?

Le projet a 5 ans maintenant, on a commencé en mars 2014. Le projet s’est créé très vite car il n’a suffit que de 9 mois de réflexion pour entamer nos premiers projets. Puis entre décembre 2013 et mars 2014 on a mis le label sur les rails en travaillant sur des projets à la fois pour Satine et à la fois pour Electroliz.

Quelles sont les différences entre la partie classique (Satine) et la partie électronique (Electroliz) du label?

La philosophie est différente dans les deux projets. La musique contemporaine reste extrêmement stricte et très organisée. Satine est la partie du label “sérieuse” ou du moins la plus professionnelle. On s’adresse à des artistes qui gagnent leur vie à travers la musique. Il y a une véritable démarche de vente derrière. On produit des disques physiques et il faut pouvoir les vendre dans tous les magasins. Pour tout ceux qui ne le savent pas, il y a encore un vrai marché du disque en ce qui concerne la musique contemporaine. A côté de ça il y a la partie musique électronique sous le nom Electroliz, qui n’est pas moins sérieuse pour autant, mais qui est structurée de manière plus humaine.

Comment travailles-tu et quel rôle as-tu au sein de Tessitures Records?

Je base beaucoup mon travail sur de l’amitié. Je collabore avec des personnes en qui j’ai un feeling musical et humain. La philosophie de l’entraide est absolument vitale. Sur le projet Electroliz précisément, j’essaie d’apporter le plus de valeur ajoutée possible aux artistes en tant qu’ingé son. J’essaie de leur donner le maximum de conseils pour améliorer leurs productions. L’entraide est véritablement au cœur de ce projet.  C’est pourquoi je ne travaille pas tout seul même si je reste décideur. Il y a plusieurs personnes qui écoutent les tracks, qui donnent leur avis et c’est uniquement si j’ai des avis convergents que la track sort. Je ne décide jamais seul. 

Comment en viens-tu à travailler avec tel ou tel artiste?

Pour la partie électronique c’est souvent des artistes qui viennent nous proposer des tracks. On leur dit oui, on leur dit non, on les conseille et on en arrive fréquemment à un compromis. Sinon c’est le label qui va vers des artistes souvent un peu plus connus pour savoir si il y a moyen de travailler ensemble. Il n’y a pas de décision unilaterale. Pour la partie classique c’est totalement différent, on peut parler de projets. C’est à dire qu’on a des partenaires comme le concours de piano qui ouvre des opportunités à Tessitures et qui nous aide à rencontrer des artistes classiques. C’est géré de manière (subtilement) différente. C’est moins ouvert, c’est plus des opportunités de travail, c’est assez compliqué à décrire. Tout ça parce qu’on travaille avec des gens qui, encore une fois, vivent de leur musique comparé aux artistes électro qui en général n’en sont pas à ce stade là. Satine génère des frais considérables. Faire un album physique coûte très cher. Il ne faut vraiment pas se tromper, prendre les bonnes décisions à la fois avec l’artiste mais aussi pour la distribution. Ça nécessite beaucoup de réflexion. Par contre du côté électro, si on a la possibilité de faire des sorties en free download, où le public ne paiera pas, ça peut se faire de manière moins réfléchit. Ça nous permet de donner la chance à des artistes électroniques plutôt qu’à des artistes classiques qui sont déjà installés. Tout dépend de l’enjeu.

Quels sont les critères pour faire partie du label Tessitures? On parle ici évidement de la partie Electroliz

Il n’y a aucun critère fermé. C’est avant tout du feeling. La seule chose que je demande c’est d’être séduit par la chose que j’entend. Quand on m’envoie une track, je ne regarde absolument pas les réseaux sociaux de l’artiste. Ce qui m’intéresse c’est d’écouter. Tessitures est pour la partie électro un espace pour mettre en avant des jeunes artistes. On est un label intermédiaire. On n’est plus un petit label mais on est cependant loin d’être un gros label. De ce fait, il y a une notion de découverte: découvrir de nouveaux sons, découvrir de nouveaux artistes. La notion de visibilité sur les réseaux sociaux est loin d’être primordial. C’est ce que l’on écoute qui prime. Il n’y a donc pas de critère fermé. On a sorti des tracks de styles très différents. C’est vrai qu’il y a principalement du dubstep et de la drum & bass mais il y a eu de l’électro, du chill, de la lo-fi etc… N’étant pas fan d’un style en particulier, je laisse la place à tous les genre de l’électro.

Comment se passe la sortie d’une track sur le label?

Alors en fait il y a deux types de sorties très différentes. Il y a la partie free download qui regroupe toutes les sorties gratuites et il y a les sorties payantes. C’est deux choses qui sont excessivement différentes. D’un côté la sortie gratuite va se limiter à une publication sur SoundCloud et évidement une promotion derrière. D’un autre côté on a les sorties payantes qui demandent de passer par un agrégateur qui va distribuer le titre sur des plateformes de vente. Les sorties payantes sont beaucoup plus codifiées. La partie commune c’est la promotion faite par le label. Notre but c’est d’avoir le plus d’auditeurs possible sur chaque track que l’on sort. C’est un travail qui peut prendre beaucoup de temps. Souvent je refuse que l’on fasse trop de sorties pour que la track qui vient de sortir prenne sont temps et soit écoutée par le plus grand nombre. On sort généralement une track toute les deux semaines.

Pour rester sur la partie Electroliz, est-ce que tu ressens une concurrence entre les labels sur SoundCoud? Surtout en ce qui concerne la promotion des musiques.

Il n’y a pas de concurrence entre les labels de petite taille et de taille moyenne. On est souvent en contact les un les autres. On fait très souvent profiter d’une promotion croisée. On arrive à atteindre un équilibre de cette façon. Nous avons des labels partenaires qui publient nos tracks sur leurs réseaux sociaux et inversement. Ça nous donne la possibilité de toucher des personnes qu’on aurait pas pu nécessairement atteindre en étant seul. Il y a aussi d’autre partenaires comme des blogs ou des radios. Tout ça nous permet de nous développer petit à petit.

Que peut-on vous souhaiter pour la suite?

A terme on aimerait avec Tessitures faire plus d’événements même si on commence déjà à en faire, mais ça prend beaucoup de temps et coûte beaucoup d’argent. Il faut pour cela trouver des personnes motivées à s’investir dans ce genre de choses. Pour l’instant on continue notre petit bout de chemin.

On espère très sincèrement que cette interview vous aura plu, on se retrouve très vite pour de nouveaux projets. En attendant, si vous êtes un artistes plutôt électro, allez jeter un coup d’œil chez Tessitures, on ne sait jamais:

Maksance ©RougeVis