LA SYNTHWAVE : L’ESTHÉTISME D’UN GENRE

Attention, il n’est pas question ici de critiquer des genres musicaux mais d’en analyser une partie afin de comprendre ce qu’ils essaient de nous transmettre et comment ils le font.

Il est courant d’admettre que l’esthétisme d’un visuel participe à la renommée de sa production musicale. En effet, ce phénomène ne date pas d’hier. Rares sont ceux qui ne reconnaîtront pas Les Beatles sur le visuel d’Abbey Road sans pouvoir nommer une seule des musiques présente sur ledit album. Précisons ici que lorsque nous parlerons de « visuel », il s’agira d’analyser la « pochette », que ce soit d’un album physique ou d’une track digitale.

Beatles – Abbey Road

Bref, comme je l’ai dit, encore aujourd’hui le visuel d’une musique participe à son succès. Nous consommons la musique en plus grande quantité, plus vite et surtout de manière plus éphémère, et la première chose qui permet le contact entre un auditeur et une musique sur Bandcamp ou Soundcloud (pour ne prendre que ces exemples), c’est le titre ainsi que sa pochette. A contrario de tous les artistes présents constamment sur le Top 50 Soundcloud ou Spotify du genre 6ix9ine, Lil Pump, Tyga et Drake, il est nécessaire pour un artiste qui à moins de visibilité de faire ressortir sa musique au travers d’une image qui correspond à l’univers souhaité et qui attire l’œil afin que sa production ne se noie pas dans l’immense collection que propose les sites de streaming musicaux actuels. Alors, outre toutes les misent en scène de belles courbes féminines, des paysages de lacs et de montagnes, ou des artistes eux-mêmes posant devant l’objectif, parlons plutôt de ces genres musicaux qui associent leur univers visuel à l’auditif.

L’exemple de la Synthwave

C’est avec très peu d’objectivité (je dois l’admettre) que j’ai décidé de choisir ce genre musical : la « Synthwave ». Malgré tout, elle se prête assez bien à la thématique : elle est en effet très peu rependue par rapport à d’autres genres actuels et ce sera donc un bon moyen de la faire connaitre un peu plus. Partons donc sur de bonnes bases : qu’est-ce que c’est que la Synthwave ?

Esthétique Synthwave

Le style musical de la Synthwave est majoritairement instrumental, et se compose le plus souvent d’éléments sonores électroniques issus de synthétiseurs analogique repris aux années 1980. Cependant, la synthwave utilise également des éléments modernes, comme l’effet du side-chain, issus de genres plus récent. Pas très clair ? Soyons plus évasif. Selon Synthspira : « la Synthwave peut se résumer à une reprise et inspiration des genres employant des synthétiseurs, des boites à rythmes et autres instruments des eighties en y ajoutant des sonorités modernes issues de la musique électronique actuelle ». En gros c’est du néo-rétro : on reprend du vieux pour en faire quelque chose de nouveau.

Apparu dès le début des années 2000, elle prend une tout autre ampleur suite à la sortie en 2011 du film Drive de Nicolas Winding Refn et de sa fameuse B.O. qui rassemble des pionniers du genre comme Kavinsky, College ou encore Electric Youth.

Mais assez parler du genre musical et attardons-nous plutôt sur ce qui nous intéresse ici : le visuel. Si la musique s’inspire du passé, l’imagerie n’est pas en reste. Elle hérite directement de tout ce qui fait l’essence même des eighties avec :le cinéma et sa science-fiction comme Terminator, Blade Runner, RoboCop, ou TRON ; les séries TV comme K2000 ou Miami Vice et autres dessins animés ;l’animation japonaise avec Akira ou Ghost in the Shell ; ou encore le jeu vidéo avec une imagerie 8-bit.

Tout ce mélange donne une esthétique teintée de néons magenta agressifs, de voitures rétros sur couché de soleil kitsch et de pseudo David Hasselhoff pimpant sur des paysages cyberpunks de science-fiction. En bref, ça transpire la nostalgie d’une époque emblématique pour notre plus grand plaisir.

L’imagerie rend donc hommage avec amour et bienveillance à ce qui fait son esthétisme. Au détour de références ou de clins d’œil, elle nous transporte dans un univers rétro qui va à l’opposé de ce qui se fait majoritairement aujourd’hui sur la scène musicale mondiale. Au lieu de nous mettre sous les yeux des artistes se vantant d’être riche et prônant le self made man aussi éphémère qu’irréel ; la contre-culture Synthwave nous envoit dans une capsule temporelle où le passé est réconfortant et insouciant, et où le futur est noir et dystopique.

Ainsi, un large éventail de sous-genre officie sous la tutelle de la Synthwave : Outrun, Synthpop, Dreamwave, ou dans un style un peu plus méta : Darksynth et HorrorSynth ; chacun peut y trouver son compte et, par alliance, son esthétisme. Si certains sous-genres privilégieront un conducteur nocturne et solitaire au volant d’une Ferrari rétro (coucou Kavinsky), d’autres préfèreront mettre en scène de vilains monstres sur des fonds de villes dystopiques.

L’image est donc indissociable de sa musique et rien n’est fait au hasard. Les références utilisées ne sont pas là simplement en tant que cosmétique mais amènent véritablement la nostalgie d’une époque. C’est là la force de la Synthwave. Elle a réussi à transformé son auditeur en spectateur du genre musical qu’elle représente. A la simple vu d’un visuel de Synthwave, les bruits de lasers, les synthés saillants et les arps répétitives viennent immédiatement grésiller aux oreilles du spectateur avant même qu’il ne devienne un auditeur.

De même, l’un des principals tours de force de ce genre à mon sens, c’est surement d’avoir réussi, lui aussi, à devenir l’héritage d’une génération. Sans la synthwave, il n’y aurait surement jamais eu de Thor : Ragnorok, de Stranger Things ou d’Hotline Miami ; ou en tout cas, l’esthétique qui rend ces projets si uniques n’aurait surement pas été la même. Alors rendons hommage à ce genre nostalgique qui, par sa musique et son visuel, fait re-vivre à certain une époque emblématique, mais qui l’a fait également découvrir à une génération qui ne l’a pas connu.

Ex Machina – Synthwave | Playlist SoundCloud

Je vous laisse avec une liste d’artiste Synthwave à découvrir ou à re-découvrir :

By Ō Kuma ©RougeVis

Sources

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